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Lenteur et silence dans le sexe

Il y a mille et une manière de vivre une rencontre sexuelle, et pourtant, j’ai souvent le sentiment, que nous nous cantonnons à une seule ou presque, que nous reproduisons toujours la même chose et avec le même but : jouir et faire jouir. Aujourd’hui j’ai envie de parler de la lenteur et du silence, du plaisir de l’absence d’excitation.

Il y a une anecdote dont j’ai déjà parlé sur mon compte twitter :

Je suis allongée sur le dos dans le lit de mon amant.

Il est occupé et fort concentré sur ma vulve à me faire tout un tas de choses délicieuses avec sa langue.

J’ai les yeux fermés, je goûte chacune de ses caresses, et je me sens immensément bien. Si bien que c’est comme si tout mon corps flottait à quelques mètres au-dessus de nous, sur un nuage de douceur, enveloppé d’un silence dense qui envahit ma tête, mon corps, mon coeur et mon ventre. J’ai une émotion de bonheur pur, et ce plaisir est possible parce que je suis complètement calme, ne cherchant pas à exacerber une quelconque excitation sexuelle, et les “maladresses” de mon amant m’évitent un orgasme trop rapide.

Je me sentais en profonde connexion avec lui, et avec le monde qui m’entoure.

Cependant, du côté de mon amant, ce n’était pas aussi calme. Il était en proie à l’incertitude, il pensait ne pas bien s’y prendre, ne pas “sentir” si j’aime ou non, mon absence de bruit était pour lui une absence d’indications et nous en avons reparlé ensuite, j’ai pu lui dire que c’était exactement l’inverse et que ce moment était tellement fort que j’étais comme dans un rêve.

Tout cela pour dire, que nous nous mettons souvent la pression pour donner du plaisir, et que souvent, les sons et les cris de l’autre sont une manière de savoir qu’il ou elle a du plaisir, et l’on cherche à augmenter l’intensité et la fréquence de ses cris, en gros à l’exciter de plus en plus, dans le but de le ou la faire jouir. J’ai moi aussi parfois cette pression de donner du plaisir et l’orgasme de l’autre est comme un marqueur du devoir accompli.

Cela part d’une bonne intention, d’une volonté de faire bien, d’être une bonne personne et de faire plaisir à l’autre. Mais c’est aussi beaucoup de pression, pour l’un comme pour l’autre : pour celui ou celle qui fait jouir car si on y arrive pas, on se sent nul, et pour la personne qui ne jouit pas, cela peut être très difficile à vivre de ne pas répondre à l’attente tacite. C’est un chemin qui peut nous enfermer si nous ne connaissons que celui-ci, et qui nous empêche d’aller explorer les sentiers moins parcourus, qui pourtant regorgent de beauté et de créativité, et nous dégagent de toute obligation de performance.

Faire l’amour peut aussi être un chemin très calme et très silencieux, qui est à mon sens aussi plus puissant en termes de sentiment de plénitude, qui permet une connexion plus grande (et permet de mieux apprécier les moments plus rapides). Aller lentement, c’est se donner le temps de toucher pour le plaisir de toucher, comme quand enfant, on appréciait de mettre ses mains dans la pâte à modeler juste pour les sensations que cela nous procurait. C’est comme le massage : on attend rien au bout d’un massage, à part des sensations plaisantes, du calme, de la détente. Je pense qu’une relation sexuelle peut être tout à fait similaire, d’ailleurs un massage, peut être une relation sexuelle en lui-même, si l’on oublie la définition restrictive qui voudrait qu’une relation réelle et complète comporte une pénétration (orale, vaginale ou rectale) et un orgasme final. La sexualité humaine est bien plus vaste que cela, et je t’invite à venir explorer cela avec moi si l’aventure te dit.