Dans l’après-coup de mes massages tantriques, je vous propose en général de verbaliser ce que vous avez vécu pendant le massage.
Il y a une chose qui revient régulièrement : la frustration. Frustration de ne pas pouvoir me toucher, de ne pas pouvoir « donner », de ne pas pouvoir « rendre » les caresses.
Et j’ai envie de te parler de cela aujourd’hui.
Et de te proposer une réflexion sur le sujet.
Quand un client me dit cela, à l’intérieur de moi il y a une forme de tristesse. Je me dis que tu te sens redevable, que tu ne peux pas recevoir parce que cela crée une dette. Ça c’est la première chose.
La deuxième, c’est que j’entraperçois comme être dans la réception demande de lâcher l’action, lâcher le « vouloir ». Être en réception, c’est faire confiance. Et c’est accepter, aussi, de donner le pouvoir à l’autre.
Car oui, quand je te masse, j’ai le pouvoir d’une certaine manière.
Le pouvoir de te faire du bien.
Le pouvoir de toucher ton corps comme j’en ai envie sur le moment.
Cela implique un risque, réel. Le risque que j’abuse de ce pouvoir.
Et prendre ce risque, avec une inconnue, c’est difficile.
Oh bien sûr, la plupart d’entre vous me direz que « non, pas du tout, je n’ai pas peur ».
Être un homme, c’est mettre la peur sous le tapis, alors je n’attends pas forcément de toi que tu reconnaisses que tu as peur.
Mais avant d’être sur la défensive, prends le temps de sentir : comment c’est d’imaginer qu’une autre personne, moi en tant que masseuse, je peux faire tout ce que je veux avec ton corps ? Mets de côté les fantasmes porno, car il ne s’agit pas de cela. Respire, ferme les yeux, et laisse-toi sentir.
Tu es là, nu, vulnérable.
J’utilise mon corps entier pour masser le tien. Et tu es pieds et poings liés, tu ne peux pas bouger.
Que ressens-tu ? Du calme ? Ou au contraire, un peu d’angoisse ? De la frustration de ne pas pouvoir bouger ? Envie de fuir ? Du soulagement ? Autre chose encore ?
Bien évidemment, quand tu viens me voir pour un massage, tu es libre de tes mouvements. Mais dis-toi que la sensation peut être assez proche de cela. Cela s’appelle « être vulnérable », être « sans défense ».
C’est ce que propose le massage tantrique, lâcher les défenses, accepter de recevoir.
Me faire confiance, certes, mais te faire confiance aussi à toi-même.
Grandir en étant un garçon, c’est apprendre que pour être masculin, il faut rejeter la vulnérabilité. Rejeter la passivité. Agir plutôt que contempler. Crier plutôt que pleurer. Attaquer plutôt que vivre ses émotions.
Mais ceci est un mensonge.
On peut être un homme et se laisser traverser par toutes les émotions humaines, y compris la peur. On peut être un homme et embrasser sa vulnérabilité. Le courage, c’est avoir peur et être là malgré tout.
Dans le massage tantrique, on peut avoir peur de se rencontrer soi, parce que lâcher-prise, quand on a pas l’habitude, c’est être face à soi-même, et ça fait peur.
Lâcher-prise quand on a pas l’habitude, et peu d’hommes en ont l’habitude, c’est nouveau, c’est une sensation inconnue. Et l’inconnu, eh bien ça fait peur. A tous les humains sans exception, et être un homme aussi viril soit-il, ne protégera jamais de la peur.
Et ce lâcher-prise, cette vulnérabilité, c’est lorsqu’on l’accepte que des portes nouvelles s’ouvrent dans la sexualité. Des portes de connexion, de douceur, d’intensité, mais une intensité qui n’a rien à voir avec l’intensité du porno auquel tu es habitué. C’est à la fois rien d’extraordinaire, car il n’y a rien de spectaculaire dans le lâcher-prise, et à la fois je crois que cela nourrit l’âme bien plus que la plus sauvage des levrettes. Et c’est cool la levrette, il ne s’agit pas de dénigrer une chose pour en promouvoir une autre. Mais la levrette, c’est plus commun, tu peux y avoir accès très facilement. Le lâcher-prise et la vulnérabilité sont moins accessibles dans notre monde. Cela demande un cadre, de la sécurité, et du temps.